Pour 100 jours, t’as plus rien!

Les premiers chiffres sont tombés : selon un sondage Elabe publié hier, 50% des Français estiment qu’il est trop tôt pour juger de l’action du Président Macron. 14% pensent d’ores et déjà qu’elle est satisfaisante, 36% la jugent décevante.

Sondage Elabe sur les 100 jours du Président Macron

On comprend bien l’embarras des Français auquel il est difficile d’échapper. Bien maigre bilan en vérité 3 mois après l’élection d’Emmanuel Macron.

Il fut un temps (que les moins de vingt ans ne peuvent pas connaître) où les 100 jours marquaient la France. Je ne parle pas du vol de l’Aigle qui se fracassa à Waterloo mais des premiers pas de nos monarques républicains. Fut donc un temps où l’on disait que ce qui n’était pas fait dans les 100 jours ne le serait jamais.

Un peu d’histoire

Pour le général de Gaulle de 1958, les choses furent simples : pleins pouvoirs, référendum, nouvelle Constitution. Bref, l’Histoire en marche. Ces trois mois resteront un modèle sans doute inimitable. Le de Gaulle de 1965, oint du suffrage universel, débuta quant à lui en fanfare par la sortie du commandement intégré de l’OTAN.

Georges Pompidou imprima à ses premiers jours un style personnel plus moderne. Proximité sur la forme, ambition industrielle et sociale sur le fond. Dans son dos, Chaban lança sa « nouvelle société ».

La rupture (déjà…) fut la marque de fabrique des premières décisions de VGE. La communication aussi : il arriva à pied, refusa de porter la traditionnelle jaquette et le grand collier de la Légion d’Honneur lors de la cérémonie de son investiture. Il abaissa la majorité à 18 ans, démantela l’ORTF et lança ce qui sera la loi Veil dépénalisant l’avortement.

La rupture (encore…) habita François Mitterrand, premier président socialiste de la Vème République, lorsqu’il gravit les marches du Palais. La communication aussi (pour l’Histoire) : sa cérémonie au Panthéon, rose à la main, frappa pour longtemps les esprits (notamment les jupitériens). Entrée des communistes au gouvernement, abolition de la peine de mort. En 1988, en pleine crise néo-calédonienne, les accords de Matignon apportèrent la paix. Le RMI fut également mis sur les rails.

C’est sa fermeté en Bosnie qui marqua les premiers pas du Président Chirac et surtout la reprise des essais nucléaires par la France. La reconnaissance de la responsabilité de la France dans la rafle du Vel d’Hiv fut aussi un marqueur politique très fort.

L’hyperprésident Sarkozy débuta par le Fouquet’s, le yacht de Bolloré, le bouclier fiscal et la défiscalisation des heures supplémentaires. La libération des infirmières bulgares marqua en outre un certain volontarisme. La crise financière bouleversa vite la donne.

Le Président « normal » s’attacha quant à lui à détricoter les mesures emblématiques de son prédécesseur et subit les affres de ses compagnes successives. Normal. Il prit quelques mesures sociales et créa 15 zones de sécurité prioritaire.

Alors qu’en est-il des 100 jours d’Emmanuel Macron ?

D’abord la rupture (encore et toujours) avec le Président précédent et un goût très prononcé pour la communication et la mise en scène personnelle. La marche théâtrale de l’homme seul au Louvre sur fond d’Hymne à la joie restera un modèle (mitterrandien) du genre.

La République a besoin de symboles forts et Emmanuel Macron a réhabilité à raison ceux que François Hollande s’était ingénié à piétiner. Mais il n’a pu s’empêcher de doubler devant le Congrès, en majesté bien sûr, le discours de politique générale de son Premier ministre, l’affaiblissant par là-même. Premier ministre issu par ailleurs de son opposition d’hier…devenue pour partie sa majorité d’aujourd’hui. Vous comprenez ?! Ah, un bon plat de lentilles…

La salvatrice volonté de changement des pratiques démocratiques aura été matérialisée par le vote de la loi sur la moralisation politique. Mais elle n’aura pas empêché les affaires judiciaires : ouverture d’une enquête préliminaire contre Richard Ferrand, premier des marcheurs, éphémère ministre, exfiltré président du groupe La République en marche à l’Assemblée ; démissions des très éphémères François Bayrou (tout de même Garde des Sceaux), Marielle de Sarnez et Sylvie Goulard et du très très éphémère membre du Conseil constitutionnel Michel Mercier. Exit le Modem.

La session parlementaire extraordinaire aura été marquée par l’amateurisme, le déni des droits de l’opposition et le cadenaçage de la majorité : « c’est plus fermé et autoritaire qu’aucune autre majorité que j’ai vu exercer » selon Jean-Christophe Lagarde, président de l’UDI et fondateur des Constructifs. C’est dire… La République en Marche doit même faire face à des frondeurs en interne qui reprochent le verrouillage du parti.

De ces 100 jours, il faudra bien sûr retenir aussi la loi d’habilitation autorisant le gouvernement à réformer le code du travail. Le choix des ordonnances comme méthode a inspiré à l’humoriste Nicole Ferroni une judicieuse et drôlisssime « question matinale aux députés de la majorité présidentielle ».

Au-delà, toucher au sacro-saint code du travail revient à renverser une vache sacrée en Inde. L’heure de vérité, donc, dans quelques jours sur la réalité de l’ambition réformatrice à laquelle je souscris bien volontiers.

Macron Top Gun

Le Président a également tenu à réaffirmer son rôle éminent de chef des armées, ce qui est tout à fait essentiel à la crédibilité de la France. Mais à la posture d’autorité en command car remontant les Champs-Elysées a succédé l’inutile humiliation du chef d’état-major des armées. Il ne suffira pas de jouer les Top Gun pour retrouver la confiance de nos militaires. Sa volonté de ne pas s’exprimer devant la Nation le 14 juillet a renforcé ce profond malaise.

Que dire, enfin, de ses premiers pas avec les élus locaux ? Là où il voulait instaurer un pacte de confiance, il a malheureusement suscité de la défiance. La première conférence des territoires, pourtant prometteuse, a laissé un goût d’inachevé. Rien sur les contreparties de l’Etat aux nouveaux efforts demandés aux collectivités. Par surprise, la facture est passée de 10 à 13 Md€. Par surprise, il a annoncé sa volonté de diminuer le nombre d’élus locaux. Par surprise, il a fait annuler dans le cœur de l’été 300 M€ de dotations aux projets locaux. « Aie confiance, crois en moi »… chante le serpent Kaa au jeune Mooglie dans le Livre de la jungle.

Au bout de ces 100 jours, on est finalement bien loin des grands symboles et surtout des grandes réalisations. Beaucoup de communication personnelle pour imprimer un style qui semble donner un « coup de jeune » à la politique. Mais très peu d’action en vérité, sauf en matière internationale.

Contrairement aux prédécesseurs qu’il aime prendre en exemple et qu’il voudrait surpasser, il n’aura pas mis son état de grâce –désormais derrière lui- pour poser des actes fondateurs. Dommage.

Décidemment, aujourd’hui, pour 100 jours, t’as plus rien !

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